La corniche pour tous·tes
Commande
Deux semaines d'atelier intensif ont porté sur l'accessibilité du littoral marseillais. La commande, formulée avec le pôle inclusion de la Ville de Marseille, Anne Dionisi (Innovation Lab Michelin) et l'association Tourisme et Handicap, visait à produire des propositions d'aménagement accessibles et inclusives pour un littoral apaisé et adapté aux usages de tous·tes. Le terrain : toute la corniche de Marseille, notamment le Vallon des Auffes pour mon groupe.
Phase 1 : Enquête de terrain
Nos observations de terrain, notamment les relevés sonores réalisés, ont identifié trois espaces aux ambiances contrastées. La corniche, très bruyante en raison du trafic automobile intense, concentre les conflits d'usages entre voitures, trottinettes, vélos, promeneur·euses et joggeur·euses. Le Monument aux Morts offre une esplanade à l'abri du bruit, lieu possible de contemplation et de pause face à la mer, mais actuellement inaccessible pour les personnes en situation de handicap (PSH) et dépourvu d'ombrage. Le bas du Vallon, ancien village de pêcheurs, préserve une ambiance calme : les usages y sont liés aux loisirs (baignade, restaurants, pêche), mais l'été, il souffre d'une surfréquentation touristique qui génère des conflits entre habitant·es et touristes.
Nous avons arpenté le Vallon avec Nadine, malvoyante. Cette déambulation a révélé des obstacles systématiques : poteaux anti-stationnement bloquant les cheminements, escaliers non conformes, revêtements dégradés et hétérogènes créant une confusion, un seul passage piéton, dangereux, sur le pont. Penser l'accessibilité pour les personnes en situation de handicap, c'est penser une amélioration globale de la qualité d'usage du Vallon pour tous·tes.
Phase 2 : Conception de projets
À partir des relevés de terrain et des besoins exprimés par les personnes rencontrées, nous avons développé des propositions d'aménagement pour le Vallon des Auffes. Notre stratégie s'articule autour de quatre axes déclinés sur le court, moyen et long terme.
1. Sécuriser et apaiser le pont
À court terme, l’installation de feux de circulation sur la Corniche permettrait une circulation alternée, la réduction du flux automobile et une traversée piétonne facilitée. À moyen terme, l’élargissement des trottoirs des deux côtés et l’insertion d'une piste cyclable bidirectionnelle distingueraient les usages et sécuriseraient les cyclistes.
2. Créer un parcours piéton apaisé vers le Vallon
Le site offre des points de vue remarquables sur le Vallon et la mer, qui peuvent devenir des espaces de respiration tout au long du parcours piéton.
L’idée est alors, à court terme, de les rendre accessibles à tous·tes, en installant des rampes d’accès et en sécurisant les escaliers, ainsi que des bancs et du mobilier urbain adaptable avec des ombrages pour l’été.
À long terme, il faudrait retravailler les revêtements du parcours piéton et supprimer les places de stationnement des ruelles étroites pour élargir le trottoir d'un côté de la voie, permettant un accès aisé au port sans emprunter les escaliers raides.
3. Rendre le Vallon accessible
Le Vallon est principalement accessible par des escaliers non conformes. À court terme, il faudrait les mettre aux normes avec des bandes podotactiles et des nez de marches contrastés, ajouter des dispositifs de mains courantes lumineuses et modifier les pas-d'âne nord pour créer des pentes homologuées accessibles.
4. Ascenseur : un accès total au Vallon
Pour assurer une accessibilité totale au site, nous proposons à long terme d’installer un ascenseur sur une parcelle de la Ville de Marseille, aux abords du Monument aux Morts. Cet ascenseur serait accompagné d’un bâtiment proposant point d’eau, sanitaires, point d’information et services de proximité (France Services, point santé), à définir avec les habitant·es. Cet équipement permettrait l'accessibilité des personnes en situation de handicap, mais servirait aussi au quotidien aux habitant·es, aux seniors, aux personnes avec poussette, etc., améliorant la fluidité des déplacements pour tous·tes.
Zoom sur le transect
En parallèle, nous avons produit un transect du littoral marseillais, entendu comme un « dispositif d'observation où la représentation d'un espace, selon une dimension verticale et linéaire, met en évidence une superposition spatiale et des relations entre phénomènes » (Marie-Claire Robic).
Long de trois mètres, ce transect mêle constats du diagnostic et gestes de projet sur les quatre séquences mises bout à bout. Étudiant·es aux multiples parcours et regards, nous l’avons souhaité sensible, affranchi de toute échelle et surtout généreux en informations. Notre objectif était d’en faire un support de discussion, ce qui a d’ailleurs été le cas lors de la présentation des projets aux différents acteurs. Présenté aux élu·es et aux personnes en situation de handicap, le transect est devenu un objet pour discuter, questionner, valider ou affiner les propositions.

Cliquer pour agrandir et explorer le transect

