Les pratiques culturelles de l’espace public dans la médina de Tunis
Résumé
Cette recherche analyse les pratiques culturelles de l'espace public dans la médina de Tunis comme outils de revendication d'un droit à la ville, et les stratégies développées par les associations qui les portent face à la dérive autoritaire et à la dépendance aux financements de l'aide publique au développement.
La transition démocratique post-2011 a ouvert une parenthèse inédite pour la société civile tunisienne : en investissant la rue, les associations culturelles ont fait de l'espace public urbain un espace de rencontre, de débat et de participation citoyenne. Un écosystème culturel bouillonnant, accompagné par les bailleurs de fonds, se constitue alors dans la médina. Mais avec l'arrivée de Kaïs Saïed au pouvoir, la parenthèse démocratique se referme et les marges de liberté de la société civile se rétrécissent, tandis que les financements étrangers dont elle dépend sont criminalisés.
Face à ces multiples contraintes, l'écosystème culturel de la médina se recompose : les associations historiques sont contraintes de revoir leur modèle d'action, tandis que les plus récentes s'engagent dans des projets moins frontalement politiques et ancrent directement leur objet social dans les nouvelles priorités des bailleurs.
Cette recherche montre également que les projets aux impacts urbains, sociaux et économiques les plus durables sont ceux qui placent la participation des habitant·es au cœur de leur réflexion. Une participation qui prend du temps et que les temporalités courtes des financements ne permettent pas de construire. Ces temporalités ne permettent pas non plus de mesurer les impacts les plus durables de ces projets, qui, faute de temps, échappent aux grilles d'évaluation des bailleurs. C’est précisément la limite de ces outils d’évaluation qui permet de penser une suite à ce mémoire. Réfléchir à de nouveaux outils véritablement adaptés aux impacts des projets culturels permettrait d’avoir un réel retour sur ce qu’ont permis les financements et d’en tirer des recommandations pour de futures initiatives.
Zoom sur la méthodologie
Immersion sur le terrain
Ce travail est le fruit de 3 semaines sur place, durant lesquelles j’ai fait le choix d’habiter dans une résidence artistique au cœur de la médina.
Entretiens
Durant ces 3 semaines, j’ai mené 12 entretiens semi-directifs de 30 min à 4 h, avec des profils variés : des acteurs associatifs, des chercheurs, des habitants.
Radio et entretiens déambulés
S’ajoutent à ces entretiens semi-directifs la réalisation d’une émission radio avec le coordinateur de Jninet El Hafsia, ainsi que trois entretiens déambulés dans la médina.
Observation
Les entretiens ont été complétés par une observation participante lors d’un atelier à Jninet El Hafsia, ainsi que par des déambulations dans la médina, pour réaliser des relevés sonores et photographiques qui viennent alimenter la carte interactive.
Zoom sur la carte interactive
En parallèle du mémoire, j’ai réalisé une carte de la médina de Tunis, accessible en ligne. Elle s'organise autour de trois promenades (quotidienne, touristique, culturelle), alimentées par du texte, des photos, des enregistrements sonores et des vidéos. Elle permet de faire vivre ce travail au-delà de la forme académique, pour un public plus large.